Dossier Paranormal : Connaissez-vous les « filles du diable » de la Haute-Loire ?

En 1902, un moulin de la vallée de l’Aubépin, en Haute-Loire, a défrayé la chronique et attiré jusqu’à la presse étrangère. Deux jeunes filles qui vivaient là ont été victimes de phénomènes paranormaux. Deux adolescentes qui ont été surnommées les « filles du diable ».

Comme pour mieux garder ses secrets, la vallée où serpente le ruisseau l’Aubépin, entre les communes de Saint-Front et Laussonne, en Haute-­Loire, semble s’être refermée. Les chemins, les prés d’autrefois et même les moulins à eau ont été dévorés par une végétation sauvage. En moins d’un siècle, la trace de l’homme dans cette vallée granitique a presque disparu. La faute à la modernité, au temps qui passe sans doute. À la triste réputation qui entoure ces lieux, peut-­être… Les habitants des plateaux voisins affirment, depuis des lustres, que la vallée est maudite, exemples à l’appui. Le plus célèbre reste celui du moulin de Perbet, en 1902. Un épisode qui continue de susciter toutes les peurs et dont on ne parle pas si facilement… Retour dans le temps.

Le jeudi 27 novembre 1902, trois cultivateurs sont sur le chemin du retour depuis le marché de Laussonne en direction de Bournac. Ils traversent la modeste passerelle posée sur l’Aubépin quand ils sont interpellés par des cris d’effrois provenant du moulin dit de Perbet, où vivent le meunier Etienne Joubert et sa famille. Marie Boyer, épouse en seconde noce du meunier, court à leur rencontre, le visage horrifié.

« Venez vite voir ce qu’il se passe ! »

Sabbat infernal

Les trois hommes se précipitent et assistent à un sabbat infernal dans le logis accolé au moulin à eau. Le mobilier et la vaisselle valsent dans la cuisine et des pierres sont « lancées par une main invisible dans toutes les directions », expliqueront plus tard les paysans. Plus grave, deux fillettes, Marie et Philomène Joubert, 14 et 11 ans, les yeux révulsés, sont, elles, bousculées et projetées par terre, là encore par une force invisible. Le spectacle est ahurissant et les trois gaillards en ont le sang glacé. Ils quittent au plus vite les lieux. De retour dans leurs foyers, ils ne manquent pas de relater ce qu’ils ont vu. L’affaire fait vite le tour des villages voisins… Dès le lendemain, des dizaines de curieux veulent voir de leurs yeux ces phénomènes. Les plus patients ne sont pas déçus… Soudain, les objets de la cuisine reprennent leur valse tandis qu’une pluie de pierres s’abat sur les « spectateurs » du jour. Surtout, les deux enfants, Marie et Philomène, deviennent possédées et incontrôlables avec « la sensation d’être piquées par des épingles invisibles ».

Quelques murs de pierres dessinent l’emprise du moulin. Photo Vincent Jolfre
Dans cette région de moyenne montagne, entre Velay et Mézenc où les croyances sont nombreuses, on évoque à voix basse la « Trêve », comprenez le diable, qui se serait emparé des deux adolescentes. Durant cet hiver 1902, Jean Pinsard, rédacteur en chef de L’Avenir de la Haute-­Loire, va mener une véritable enquête autour de cette affaire qui tient en haleine les lecteurs vellaves. Il y défend la thèse de phénomènes surnaturels et la bonne foi des filles Joubert, quand d’autres veulent y voir une machination. Face à cette situation, Etienne Joubert est vite contraint de se tourner vers l’Église, lui qui pourtant, dit­on, se plaisait à dire « qu’il ne croyait ni en Dieu, ni au diable » . L’homme, bien connu sur le secteur, décrit alors comme « roublard » et « joueur invétéré de cartes » s’en remet au curé Gerbier, de Saint­-Front, chez qui il conduit ses deux enfants. À peine la porte de l’église franchie, les cierges se seraient alors brisés et l’aînée Marie, le teint livide et le regard ailleurs, aurait récité une prière satanique. Une fois la séance d’exorcisme terminée, décision est prise de confier les deux fillettes à leur oncle, à Bournac, pour les éloigner de l’effervescence de la vallée.

Séance d’exorcisme

Si les phénomènes s’interrompent au moulin, ils gagnent la demeure du pauvre oncle, terrorisé. « Les filles du diable », comme on les surnomme désormais jusqu’au Puy-en-­Velay, distant d’une vingtaine de kilomètres, sont priées de regagner leur foyer. La terreur n’a que trop duré. L’abbé Besset, de Saint-­Front, décide alors de se rendre sur place pour une séance d’exorcisme. La légende raconte qu’il aurait descendu la côte abrupte qui mène au moulin à genoux en récitant des prières avant d’enfermer le diable dans sa tabatière… Le moulin et la vallée tout entière auraient retrouvé leur tranquillité au printemps 1903, surtout grâce au départ vers Laussonne puis très vite vers Paris des deux jeunes filles, pour fuir le diable, mais encore plus sûrement les regards accusateurs des gens du coin…

« Trop de choses terribles »

Derrière cet épisode terrifiant et mystérieux se cache surtout le destin de Marie et Philomène, deux jeunes filles, marquées à vie par cette période troublée de leur adolescence. Installées à Paris où elles ont vécu jusqu’à leur mort (en 1948 pour Marie, en 1975 pour Philomène), les anciennes « parias » sont revenues des années plus tard en vacances et à plusieurs reprises à Saint-Front et Laussonne mais ont toujours refusé de retourner au moulin, « où elles avaient vécu trop de choses terribles ». Sans en dire plus. 

Mystère. Phénomènes surnaturels ou histoire montée de toutes pièces, la question demeure aujourd’hui encore. La croyance populaire est mise à mal par les esprits cartésiens qui voient en Etienne Joubert l’instigateur d’une supercherie, avec la complicité de ses filles, pour rendre invendable ou indésirable son moulinàune époque où il n’était pas rare de miser sa ferme ou sa maison lors d’une partie de cartes. « Ici, des domaines entiers se sont perdus lors de ces parties », révèle l’historien Robert Cortial.

Source d’origine de l’article : L’EVEILDELAHAUTELOIRE

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