Les corps des défunts se décomposent-ils moins vite qu’autrefois ?

voici un mystère qui pourrait bien hanter les cimetières : les corps des morts ne se dégraderaient pas tous à la même vitesse et peut-être plus lentement que par le passé. Comment l’expliquer ?

« Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière… » Mais plus lentement ? Dans les cimetières de Rennes, en Ille-et-Vilaine, la décomposition des corps « est très aléatoire », constate Éliane Ammi, responsable du service funéraire, qui affiche 23 ans de service. « Parfois, on pense qu’un corps sera réductible [donc décomposé, NdlR] et il ne l’est pas, mais l’inverse est vrai aussi. »

Elle a même souvenir d’un corps de 1917, retrouvé momifié, tandis que « ceux des trois autres cases du caveau étaient totalement réductibles ».

« Aucune publication scientifique »

Les données chiffrées locales, à la suite des reprises administratives (lorsque la Ville reprend possession d’une concession arrivée à terme et non-renouvelée par la famille), rapportent qu’« il y a peut-être un delta de quatre ou cinq ans pour observer la réduction d’un corps », estime-t-elle. « On parlait de quinze ans quand je suis arrivée dans le service, aujourd’hui plutôt de vingt ans. »

Le cimetière de l’Est, à Rennes. (Photo : Ouest-France)

Le Dr Bouvet, chef de service de médecine légale du CHU de Rennes, n’a pas lui-même constaté ce phénomène. Mais il faut dire que les morts auxquels il est confronté le sont bien souvent depuis très peu de temps.

« À ma connaissance, aucune publication scientifique ne montrerait de variation universelle de décomposition des cadavres », relève-t-il, ne niant cependant pas « les constats faits par des professionnels qui ont pu y être confrontés ».

Pesticides, conservateurs ?

Avant de chercher ce qui pourrait freiner la décomposition des défunts, il faut savoir comment se décompose naturellement un corps. « Après la période de rigidité cadavérique (24 à 48 heures), les muscles se relâchent, explique-t-il. Intervient alors un processus de destruction des tissus par l’action d’enzymes et des bactéries présentes dans notre tube digestif. »

À quoi s’ajoute, «selon les conditions, l’action de la faune thanatophage » (les insectes). Conclusion : même si des facteurs environnementaux influent (comme la température, la teneur en humidité de la terre ou son pH), le corps se décompose avant tout de par une action interne.

Le Dr Bouvet est chef de service de médecine légale du CHU de Rennes (Photo : Ouest-France)

Ce qui le fait douter de certaines hypothèses avancées par des scientifiques allemands, selon lesquelles l’être humain, de son vivant, aurait ingéré plus de conservateurs que par le passé. À ceux qui avancent que les cercueils modernes et hermétiques empêchent la fameuse faune thanatophage de faire son œuvre, le Dr Bouvet répond « pourquoi pas », mais que cela ne suffirait pas à expliquer un tel phénomène.

Et les pesticides, qui en s’infiltrant dans la terre, y tueraient faune et bactéries ? « Il n’y a aucune étude là-dessus, probablement car la science s’en fiche. Elle a plus besoin de documenter les effets des pesticides sur les vivants. » Certains scientifiques évoquent aussi l’usage de plus en plus important d’antibiotiques, qui appauvriraient notre flore bactérienne.

Changement de mœurs

Pour le Dr Bouvet, l’explication la plus plausible d’une éventuelle évolution pourrait se trouver, non pas dans les morts, mais dans les mœurs : « Les recours aux soins de conservation sont plus importants qu’il y a 40 ans, avance-t-il. Autrefois, les soins de thanatopraxie permettaient une conservation minimale jusqu’à la mise en terre. Aujourd’hui, on veut une préservation de l’intégrité physique » comme pour masquer la mort, donner « une impression de sommeil ». Sauf que le formol ne disparaît pas comme cela…

A-t-on plus de mal à accepter la mort aujourd’hui que par le passé ? (Photo d’illustration : Robert Hoelink / Fotolia)

« Actuellement, le premier cadavre vu par une personne est parfois celui d’un parent, à 50 ou 60 ans. On ne montre plus la mort comme lorsque les défunts étaient veillés à domicile par toute la famille, enfants compris. »

Aujourd’hui, la plupart des corps patientent au funérarium. « On ne veut plus être confronté à la dégradation d’un cadavre. Soit on l’incinère vite, pour garder l’image de la personne vivante, soit on crée cette illusion d’un vivant qui dormirait. Cela illustre peut-être les difficultés de la société à accepter la mort. »

Pourquoi exhume-t-on les corps ?

Hormis les rares demandes de la justice dans le cadre d’une enquête, les exhumations sont effectuées soit au terme de la durée des concessions non-renouvelées par la famille, soit à la demande de cette dernière. On récupère alors les restes (ossements) pour les rassembler dans un caveau familial ou dans une fosse commune, afin de libérer des emplacements dans les cimetières. Si le corps est encore « en bon état », la loi impose de refermer le cercueil pour cinq ans.

Source : OUESTFRANCE

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